Fiscalité internationale

Exit tax : ce qui change quand on quitte la France

Transférer son domicile fiscal hors de France peut déclencher l'exit tax sur vos plus-values latentes. Qui est concerné, comment ça marche, comment l'anticiper.

9 min de lecture · Mis à jour le 26/06/2026

L'exit tax est l'impôt qui peut frapper vos plus-values latentes sur valeurs mobilières lorsque vous transférez votre domicile fiscal hors de France. Concrètement, l'administration considère, le jour de votre départ, que vous « vendez » virtuellement vos titres : la plus-value théorique devient imposable, même si vous ne vendez rien. Tout le monde n'est pas concerné — il existe des seuils — et un sursis de paiement permet souvent de ne rien décaisser immédiatement, voire d'être totalement dégrevé avec le temps. Mais pour un dirigeant, un investisseur ou un non-résident qui structure son patrimoine entre la France (et la Corse) et l'étranger, c'est un point à anticiper impérativement.

Qu'est-ce que l'exit tax ?

Introduite à l'article 167 bis du Code général des impôts, l'exit tax vise à éviter qu'un contribuable quitte la France juste avant de céder ses titres pour échapper à l'impôt français sur la plus-value. Au moment du transfert de domicile, l'État taxe donc :

  • les plus-values latentes sur vos valeurs mobilières et droits sociaux (actions, parts de sociétés) ;
  • certaines créances de complément de prix et plus-values en report d'imposition.

L'imposition suit le régime des plus-values mobilières : prélèvement forfaitaire (ou barème sur option) + prélèvements sociaux. Mais — et c'est essentiel — l'impôt n'est pas toujours à payer le jour du départ.

Qui est réellement concerné ?

L'exit tax ne s'applique que si vous remplissez deux conditions cumulatives :

  1. Avoir été résident fiscal français au moins 6 des 10 années précédant le transfert de domicile ;
  2. Détenir, au sein du foyer, des participations dont la valeur globale dépasse 800 000 €, ou représentant au moins 50 % des bénéfices d'une société.

Autrement dit, un salarié sans portefeuille conséquent qui s'expatrie n'est pas concerné. En revanche, un chef d'entreprise détenant une société valorisée, ou un investisseur au portefeuille d'actions important, l'est très probablement.

Attention : le seuil de 800 000 € s'apprécie sur la valeur des titres, pas sur la plus-value. Beaucoup sous-estiment le sujet en pensant à tort qu'ils sont « trop petits » pour être concernés.

Êtes-vous potentiellement concerné par l'exit tax ?

3 questions pour une première orientation.

Le sursis de paiement : souvent, on ne paie rien tout de suite

C'est le mécanisme clé, souvent mal compris. L'impôt est calculé au départ, mais son paiement peut être suspendu :

  • Sursis automatique si vous transférez votre domicile dans un État de l'Union européenne, ou dans un État de l'EEE ayant conclu avec la France une convention d'assistance (Norvège, Islande…). Aucune garantie à constituer, aucun décaissement immédiat.
  • Sursis sur demande, avec constitution de garanties, si vous partez vers un autre État (hors UE/EEE coopératif). C'est le cas par exemple de la Suisse, du Royaume-Uni ou des États-Unis, sous conditions.

Pendant le sursis, vous ne payez pas ; vous déclarez simplement le maintien de votre situation chaque année.

Le dégrèvement : l'impôt peut disparaître

Mieux encore : l'exit tax peut s'éteindre définitivement. L'impôt sur les plus-values latentes est dégrevé (annulé) :

  • si vous conservez vos titres pendant un certain délai après le départ — 2 ans si votre patrimoine en titres est inférieur à 2,57 M€, 5 ans au-delà ;
  • si vous revenez vous domicilier en France ;
  • en cas de décès du contribuable, ou de donation des titres (sous conditions).

En pratique, un expatrié qui ne vend pas ses titres pendant le délai requis voit son exit tax sur les plus-values latentes annulée. L'enjeu est donc surtout de bien gérer le calendrier des cessions.

Quelles obligations déclaratives ?

L'exit tax impose un formalisme à ne pas négliger :

  1. Une déclaration spécifique (formulaires 2074-ETD et report sur la 2042) l'année suivant le transfert de domicile.
  2. Un suivi annuel tant que le sursis court (maintien des titres, événements).
  3. La gestion des garanties le cas échéant (départ hors UE/EEE).

Un oubli peut entraîner l'exigibilité immédiate de l'impôt. L'accompagnement par un conseil est ici quasi indispensable.

Exit tax, non-résidents et Corse

La Corse attire une clientèle internationale et mobile : dirigeants, investisseurs, futurs expatriés qui détiennent (ou souhaitent acquérir) un patrimoine sur l'île. Pour ces profils, l'exit tax s'articule avec d'autres sujets :

  • la structuration des titres avant le départ (le calendrier de cession conditionne le dégrèvement) ;
  • la détention immobilière en Corse, qui n'entre pas dans l'exit tax (qui ne vise que les valeurs mobilières) mais s'inscrit dans la même réflexion patrimoniale globale — voir le crédit Lombard pour mobiliser des liquidités sans vendre ;
  • l'assurance-vie, dont la fiscalité et la transmission dépendent aussi de votre résidence.

Anticiper plusieurs mois avant le départ permet d'optimiser l'ensemble. C'est tout l'objet de notre accompagnement patrimonial, en lien avec votre avocat fiscaliste.

Comment bien préparer son départ : le calendrier

L'exit tax se gère avant le départ, pas après. Une préparation en plusieurs étapes évite les mauvaises surprises :

  1. Faire l'inventaire de vos titres et participations, et estimer les plus-values latentes. C'est ce qui détermine si vous franchissez les seuils.
  2. Choisir le pays d'accueil en connaissance de cause : un départ vers l'UE/EEE déclenche un sursis automatique ; un départ vers un autre État impose de constituer des garanties.
  3. Arbitrer le calendrier des cessions : vendre avant le départ (imposition française classique) ou après (sous le régime de l'exit tax, avec dégrèvement possible après 2 à 5 ans de conservation). Le bon choix dépend de vos projets et de la fiscalité du pays d'accueil.
  4. Organiser les garanties si nécessaire (nantissement, caution bancaire) pour obtenir le sursis hors UE/EEE.
  5. Préparer le suivi déclaratif pluriannuel.

Idéalement, cette réflexion démarre 6 à 12 mois avant le transfert de domicile, en coordination avec un avocat fiscaliste et votre conseil patrimonial.

Exit tax, conventions fiscales et pays d'accueil

L'exit tax française ne vit pas en vase clos : elle interagit avec la fiscalité du pays d'accueil et la convention fiscale liant les deux États. Plusieurs points de vigilance :

  • Double imposition : certains pays taxent aussi les plus-values à la « réinstallation » ou à la cession ; la convention fiscale détermine qui impose quoi, et les mécanismes d'élimination de la double imposition.
  • Réévaluation du prix d'acquisition : quelques pays « rebasent » la valeur des titres à l'entrée, ce qui peut réduire la plus-value taxable localement.
  • Substance et réalité du départ : un transfert de domicile fiscal doit être réel (lieu de vie, centre des intérêts). Un départ « de façade » est requalifiable par l'administration.

Pour un investisseur détenant un patrimoine en Corse et envisageant l'étranger, l'exit tax n'est qu'une pièce du puzzle : résidence, immobilier, placements et transmission doivent être pensés ensemble. C'est l'intérêt d'un accompagnement coordonné.

Foire aux questions

L'exit tax concerne-t-elle l'immobilier ?

Non. L'exit tax ne porte que sur les valeurs mobilières et droits sociaux (titres, parts de sociétés). Un bien immobilier en Corse ou ailleurs n'est pas concerné par ce dispositif.

Vais-je vraiment payer en quittant la France ?

Le plus souvent non, immédiatement : le sursis de paiement (automatique vers l'UE/EEE) suspend le paiement, et l'impôt est souvent dégrevé si vous conservez vos titres 2 à 5 ans. Le calcul a lieu au départ, le paiement rarement.

Que se passe-t-il si je reviens en France ?

Le retour en France entraîne le dégrèvement de l'exit tax sur les plus-values latentes non encore réalisées. C'est l'une des causes d'extinction prévues par la loi.

Faut-il un avocat fiscaliste ?

Pour une expatriation avec un patrimoine significatif, oui : l'exit tax se combine avec les conventions fiscales, la résidence, la structuration des titres. Nous coordonnons cette réflexion avec votre conseil juridique.

Les plus-values immobilières sont-elles concernées par l'exit tax ?

Non. Seules les valeurs mobilières et droits sociaux le sont. La cession d'un bien immobilier par un non-résident relève d'un autre régime (prélèvement sur les plus-values immobilières des non-résidents), distinct de l'exit tax.

Combien de temps dois-je conserver mes titres pour ne rien payer ?

L'impôt sur les plus-values latentes est dégrevé après 2 ans de conservation (patrimoine en titres < 2,57 M€) ou 5 ans (au-delà). En pratique, beaucoup d'expatriés ne paient jamais l'exit tax sur ces plus-values, à condition de respecter ce délai.

Que risque-t-on en cas d'oubli de déclaration ?

L'absence de déclaration ou de suivi peut rendre l'impôt immédiatement exigible et entraîner des pénalités. Le formalisme déclaratif est aussi important que le calcul lui-même.

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